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KB-PHI · Entry 1 · Published 9 September 2026 · Version 1
« The Mystery of Consciousness » (Searle, 1997) — synthèse du livre et de ses commentaires
Six rival theories of consciousness graded by one philosopher in 1997, and what the research of 2025 makes of his verdicts — a two-page synthesis, in French.
If you want to see where the science of consciousness chose its questions, one philosopher graded six rival theories in 1997 — a two-page synthesis.
Contents
- 1. Le livre
- 2. Les six positions, à une ligne chacune
- 3. Les commentaires
- 4. Ce qu'il faut en retenir
- 5. Sources
1. Le livre
John R. Searle, The Mystery of Consciousness (New York Review Books, 1997) [S1], rassemble six recensions parues dans la New York Review of Books entre 1995 et 1997 [S2], encadrées par l'exposé de sa propre position et suivies, pour deux d'entre elles, de la réponse de l'auteur recensé et de la réplique de Searle. C'est le document d'époque de la « décennie de la conscience » : au moment où le sujet redevient scientifiquement respectable, un philosophe passe en revue les six programmes concurrents et les mesure à une même toise.
La toise, c'est le naturalisme biologique : la conscience est un phénomène biologique ordinaire, causé par des processus neuronaux de bas niveau dont elle est en même temps une caractéristique de haut niveau — comme la solidité d'une table est causée par le comportement de ses molécules sans être une chose en plus de la table. De là : ni dualisme (un seul monde), ni matérialisme éliminatif (la conscience existe réellement et ne se réduit pas), et une méthode — chercher les corrélats neuronaux, établir la causalité par manipulation, puis dégager le mécanisme. L'irréductibilité tient à l'ontologie : la conscience n'existe qu'à la première personne ; pour elle, et pour elle seule, l'apparence EST la réalité.
Le compte-rendu par chapitre et la revue de littérature, seconde entrée de ce chapitre, donnent le détail de ce que cette synthèse résume.
2. Les six positions, à une ligne chacune
- Crick (l'« hypothèse stupéfiante », le liage à 40 Hz) : bonne neurobiologie, philosophie confuse — il prêche l'élimination en pratiquant l'explication causale, et confond corrélat et cause.
- Edelman (darwinisme neuronal, réentrée, mémoire comme recatégorisation) : la théorie la plus profonde du lot — mais rien n'y montre pourquoi tout cet appareil produirait du ressenti.
- Penrose (Gödel, puis microtubules quantiques) : même la simulation de la conscience serait impossible ; Searle répond que l'argument gödelien ne vaut qu'au niveau normatif du raisonnement mathématique, pas au niveau des processus cérébraux bruts, simulables comme n'importe quel phénomène naturel.
- Dennett (la conscience comme machine virtuelle et effets de mèmes) : pour Searle, une négation pure et simple des données — « Hamlet sans le prince de Danemark » ; l'échange joint est d'une brutalité restée célèbre.
- Chalmers (le « hard problem » [S4], dualisme de propriétés + fonctionnalisme) : Searle y voit une cascade d'absurdités consenties (conscience explicativement inerte, thermostats conscients) ; l'échange joint est le plus substantiel du livre.
- Rosenfield (image du corps, soi, mémoire) : lecture bienveillante — toute conscience commence par l'expérience du corps, construite dans le cerveau.
Deux arguments propres structurent l'ensemble : la chambre chinoise (la syntaxe ne suffit pas à la sémantique — donc un programme n'est pas un esprit) et, plus radical, l'observateur-relativité du calcul (rien n'est intrinsèquement un ordinateur ; « calcul » est une interprétation que nous projetons sur la physique — donc « le cerveau est-il un ordinateur ? » est une question mal posée).
3. Les commentaires
La contre-pièce du dossier : Araujo (2013) [S3] retourne le procédé du livre contre son auteur — le naturalisme biologique, suivi des années 1980 aux derniers écrits, y est jugé logiquement incohérent : dire que le cerveau « cause » une conscience qui est « une caractéristique » du cerveau nomme le problème plus qu'il ne le résout. C'est aussi, au fond, la réplique de Chalmers dans le livre même : « les cerveaux causent la conscience » énonce la question, pas la réponse.
L'épreuve du programme, trente ans après : la collaboration adversariale IIT/GNWT (Nature, 2025 [S5] — 256 sujets, trois techniques d'imagerie, prédictions préenregistrées) exécute à la lettre la méthode que la conclusion du livre appelait. Résultat : le cortex postérieur suffit à la conscience perceptive, le préfrontal et la « diffusion globale » ne sont pas nécessaires — chaque théorie sort à moitié corroborée, et le mécanisme causal manque toujours. Le « secret honteux » que Searle avouait en 1997 (pas de principe théorique unificateur du cerveau) est toujours d'actualité, et le hard problem de Chalmers, formulé l'année des premiers articles du livre, tient sa trentième année (Frontiers in Psychology, 2025 [S6]).
Le retour de la chambre chinoise : les grands modèles de langage ont rendu à l'argument de 1980 une actualité que rien ne laissait prévoir en 1997 — le débat académique sur le « sens » des sorties de LLM se structure explicitement autour du couple Turing/Searle (Inquiry, 2025 [S7] ; Harnad, 2024 [S8]). En sens inverse, la question « une machine peut-elle être consciente ? » est devenue un programme de recherche gradué (Butlin, Long et al., 2023/2025 [S9] : indicateurs dérivés des théories ; Chalmers, 2023 [S10] : « probablement pas aujourd'hui, mais les obstacles sont révisables ») — un cadre probabiliste étranger au tranchant du livre.
Les protagonistes : Dennett est mort en avril 2024 [S12], Searle en septembre 2025 [S11] (Crick en 2004, Edelman en 2014) ; les deux voix de l'échange le plus violent du livre se sont tues à dix-huit mois d'écart. Les nécrologies de 2025 rappellent aussi le versant sombre du dossier Searle (accusations de harcèlement, retrait du statut d'émérite en 2019) : la réévaluation de l'œuvre se fait désormais sous cette double lumière.
4. Ce qu'il faut en retenir
Un livre-outil plus qu'un livre-thèse : la distinction réduction causale / réduction éliminative, le couple objectivité épistémique / subjectivité ontologique et la critique du « corrélat qui n'explique rien » restent d'usage courant ; les expositions de Gödel, de la mécanique quantique et du fonctionnalisme y sont exemplaires. La thèse propre, elle, demeure un manifeste : la promesse d'une dissolution du mystère « à la manière du vitalisme » attend toujours sa biochimie. Comme document, enfin, il est irremplaçable : on y voit, à pièces complètes, la science de la conscience naissante choisir ses questions — et l'on comprend, en le refermant, pourquoi ce sont encore les nôtres.
5. Sources
Sources principales de cette synthèse ; la liste complète, typée et commentée, figure dans le rapport détaillé (sections 5 et 6). Adresses consultées le 9 septembre 2026.
- S1 John R. Searle, The Mystery of Consciousness, New York Review Books, New York, 1997, ISBN 0-940322-06-4 (avec les échanges avec Daniel Dennett et David Chalmers) — lecture intégrale, pagination d'origine. Page de l'éditeur : https://www.nyrb.com/products/the-mystery-of-consciousness
- S2 John R. Searle, « The Mystery of Consciousness », The New York Review of Books, 2 novembre 1995 — article-source du livre. https://www.nybooks.com/articles/1995/11/02/the-mystery-of-consciousness/
- S3 Saulo de Freitas Araujo, « Searle's New Mystery, or, How Not to Solve the Problem of Consciousness », Rivista internazionale di Filosofia e Psicologia, 4(1), 2013, pp. 1-12, DOI 10.4453/rifp.2013.0001 — article évalué par les pairs, lu intégralement.
- S4 David J. Chalmers, « Facing Up to the Problem of Consciousness », Journal of Consciousness Studies, 2(3), 1995, pp. 200-219 — article évalué par les pairs, lu intégralement.
- S5 Cogitate Consortium, « Adversarial testing of global neuronal workspace and integrated information theories of consciousness », Nature, 2025, DOI 10.1038/s41586-025-08888-1 — https://www.nature.com/articles/s41586-025-08888-1
- S6 J. D. Gomez, « A harder problem of consciousness: reflections on a 50-year quest for the alchemy of qualia », Frontiers in Psychology, 2025, DOI 10.3389/fpsyg.2025.1592628 — https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2025.1592628/full
- S7 « LLMs, Turing tests and Chinese rooms: the prospects for meaning in large language models », Inquiry, en ligne janvier 2025, DOI 10.1080/0020174X.2024.2446241 — https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/0020174X.2024.2446241
- S8 Stevan Harnad, « Language Writ Large: LLMs, ChatGPT, Grounding, Meaning and Understanding », arXiv:2402.02243, 2024 — https://arxiv.org/abs/2402.02243
- S9 Patrick Butlin, Robert Long et al., « Consciousness in Artificial Intelligence: Insights from the Science of Consciousness », arXiv:2308.08708, 2023 — https://arxiv.org/abs/2308.08708 ; puis « Identifying indicators of consciousness in AI systems », Trends in Cognitive Sciences, 2025 — cell.com, S1364-6613(25)00286-4
- S10 David J. Chalmers, « Could a Large Language Model be Conscious? », arXiv:2303.07103, 2023 — https://arxiv.org/abs/2303.07103
- S11 « John Searle (1932-2025) », Philosophy Now, n° 171, 2025 — https://philosophynow.org/issues/171/John_Searle_1932-2025 ; « Former UC Berkeley professor John Searle dies, leaves complicated legacy », The Daily Californian, 2025 — https://www.dailycal.org/news/obituary-news/former-uc-berkeley-professor-john-searle-dies-leaves-complicated-legacy/article_6132904a-9d96-4bb7-abff-27988d169a7a.html
- S12 « Daniel Dennett obituary », Nature, 2024 — https://www.nature.com/articles/d41586-024-01478-7
Le texte du livre est © 1997 NYREV, Inc. : seules de courtes citations créditées sont reprises, tout le reste est reformulé.