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KB-PHI · Entry 2 · Published 9 September 2026 · Version 1
« The Mystery of Consciousness » (John R. Searle, 1997) — compte-rendu par chapitre et revue de la littérature récente
A chapter-by-chapter report of Searle's 1997 book, a critical assessment, and an annotated review of the literature of 2013–2025 — in French.
If you are reading Searle's 1997 book, this chapter-by-chapter report and annotated 2025 literature review keep pace with it.
Contents
- 1. Le livre en bref
- 2. Compte-rendu par chapitre
- 3. Mise en relation des sources et citations
- 4. Appréciation critique
- 5. Revue de la littérature récente
- 6. Sources
1. Le livre en bref
Recueil issu d'articles parus dans The New York Review of Books entre 1995 et 1997 [S1] [S2], revus et unifiés. Le dispositif est original : Searle expose sa propre position (chapitres 1 et 7-conclusion) et consacre un chapitre critique à chacun de six auteurs — Crick, Edelman, Penrose, Dennett, Chalmers, Rosenfield — deux d'entre eux (Dennett, Chalmers) ayant répondu, réponses et répliques reprises intégralement en appendices. Le livre est donc à la fois un état des lieux de la « décennie de la conscience », un manifeste pour le « naturalisme biologique » de Searle, et un document rare : deux disputes philosophiques frontales, à pièces complètes.
La thèse porteuse tient en trois propositions : ① la conscience est un phénomène biologique ordinaire — « as much a part of our biological life as digestion » (préface, p. xiii) ; ② elle est causée par des processus neuronaux de bas niveau ET elle est une caractéristique de haut niveau du cerveau (causalité non événementielle, comme la solidité d'une table) — ce qui dissout, selon Searle, le problème corps-esprit sans dualisme ni matérialisme ; ③ elle est irréductible ontologiquement parce que subjective à la première personne (réduction causale possible, réduction éliminative impossible : pour la conscience, « the reality is the appearance », conclusion, p. 213).
Édition de référence : John R. Searle, The Mystery of Consciousness, New York Review Books, 1997, ISBN 0-940322-06-4 (avec les échanges Dennett et Chalmers), lue intégralement dans la pagination d'origine [S1]. La synthèse en deux pages publiée comme première entrée de ce chapitre résume le présent rapport.
2. Compte-rendu par chapitre
Préface (pp. ix-xvi)
Cadrage : l'époque est « exciting » (la conscience redevient un objet respectable) et « frustrating » (les vieilles erreurs reviennent). L'obstacle principal : le vocabulaire hérité — mental/physique, dualisme/matérialisme, réduction — tenu pour clair alors qu'il est obsolète. Annonce du critère de choix des livres recensés : « from superb to dreadful » (p. xv), choisis comme influents ou symptomatiques, non comme les meilleurs.
Chapitre 1 — Consciousness as a Biological Problem (pp. 3-18)
Le chapitre-socle. La question : comment, exactement, des processus neurobiologiques causent-ils des états subjectifs ? Quatre obstacles sont déblayés : la définition (une définition de sens commun suffit : les états de sentience entre le réveil et le sommeil), l'héritage cartésien, la conception événementielle de la causalité (contre-exemples : gravité, solidité), et la métaphore informatique. Deux arguments anti-computationnalistes distincts y sont exposés — il importe de ne pas les confondre :
- La chambre chinoise (1980) en trois pas : les programmes sont syntaxiques ; les esprits ont une sémantique ; la syntaxe ne suffit pas à la sémantique. Donc les programmes ne sont pas des esprits.
- L'argument de l'observateur-relativité (plus tardif, présenté ici comme « plus profond ») : la syntaxe n'est pas intrinsèque à la physique. Rien dans les faits physiques d'une machine n'en fait un calcul ; « computation is not intrinsic to nature » (p. 17 sq.) — elle est relative à un interprète. La question « le cerveau est-il un ordinateur numérique ? » perd alors son sens : tout peut recevoir une interprétation computationnelle (la fenêtre ouverte/fermée est un ordinateur trivial).
Position finale : Strong AI rejetée, Weak AI (simulation) acceptée ; la conscience est une propriété émergente du cerveau au sens causal (comme la liquidité de l'eau), et « the simulation of mental states is no more a mental state than the simulation of an explosion is itself an explosion » (p. 18).
Chapitre 2 — Francis Crick, the Binding Problem, and the Hypothesis of Forty Hertz (pp. 21-35)
Sur The Astonishing Hypothesis (1994). Searle salue la pédagogie neurobiologique (rétine → LGN → cortex visuel ; anatomie du neurone et de la synapse) et la volonté de spéculer (liage perceptif par synchronisation à ~40 Hz dans les circuits thalamo-corticaux, avec Koch, d'après Singer). Trois « erreurs philosophiques » sont relevées : ① Crick réduit le problème des qualia à la communication interpersonnelle, alors que LE problème est le passage de l'électrochimie au ressenti ; ② il prêche la réduction éliminative en pratiquant l'émergentisme causal (l'argument des Churchland qu'il endosse est épistémique, alors que l'irréductibilité est ontologique) ; ③ le langage des « corrélats neuronaux » n'explique rien : une corrélation n'est pas une cause (éclair/tonnerre), et même un 40 Hz confirmé à 100 % laisserait entière la question du mécanisme. Verdict : un bon livre dont on peut ignorer la philosophie.
Chapitre 3 — Gerald Edelman and Reentry Mapping (pp. 39-51)
Sur The Remembered Present (1989) et Bright Air, Brilliant Fire (1992). Pour Searle, « la théorie neurobiologique de la conscience la plus impressionnante et la plus profonde » qu'il connaisse. Reconstruction patiente de l'appareil : cartes neuronales, sélection des groupes neuronaux (darwinisme neuronal), réentrée (signaux parallèles entre cartes) ; conscience primaire = interaction en temps réel entre une mémoire des catégorisations passées chargées de valeur et la catégorisation perceptive présente (« a recursively comparative memory », p. 155) ; conscience d'ordre supérieur bâtie dessus (concept de soi, langage). Searle retient surtout la conception de la mémoire comme recatégorisation active (contre la mémoire- entrepôt). Objection centrale, la même qu'à Crick mais portée plus haut : rien ne montre pourquoi un cerveau doté de tout cet appareil serait pour autant sentient — les réponses d'Edelman sur les qualia (la science ne peut pas dire pourquoi le chaud fait cet effet ; les qualia diffèrent d'une personne à l'autre) sont jugées inadéquates (l'empreinte digitale diffère aussi, cela n'empêche pas une science de la peau).
Chapitre 4 — Roger Penrose, Kurt Gödel, and the Cytoskeletons (pp. 55-88) + appendice (pp. 89-93)
Sur Shadows of the Mind (1994). Chapitre le plus technique, en quatre temps. ① Cadre : Penrose rejette non seulement Strong AI mais Weak AI — la conscience ne serait même pas simulable ; digression de Searle sur Deep Blue (la force brute n'est pas une psychologie). ② L'argument gödelien (lignée Lucas 1961, version Penrose via l'insolubilité du problème de l'arrêt) : aucun système d'algorithmes « sûrs et connaissables » n'épuise nos capacités mathématiques. ③ La réfutation de Searle, son apport le plus net : l'argument vaut au niveau de description « raisonnement mathématique normatif », mais rien n'interdit de simuler les mêmes processus à un autre niveau de description — celui des processus cérébraux bruts, non normatifs (Programmes Un/Deux/Trois ; l'analogie plaques VIN/plaques d'immatriculation : une relation non calculable peut être produite par des processus calculables ; « you cannot milk semantics out of syntax » ne joue pas ici, c'est la normativité qui fait défaut). La trajectoire d'une balle est calculable sans que la balle soit un ordinateur. ④ La spéculation quantique (microtubules du cytosquelette, effondrement orchestré, physique non calculable à venir) : Searle n'objecte pas à la spéculation mais à son vide causal — elle ajoute un troisième mystère aux deux existants sans esquisser un mécanisme. L'appendice donne une version pas-à-pas (14 étapes) de la preuve de l'arrêt — une des expositions les plus lisibles qui soient. Jugement d'ensemble : on apprend beaucoup sur Gödel et la mécanique quantique, peu sur la conscience.
Chapitre 5 — Consciousness Denied: Daniel Dennett's Account (pp. 97-114) + échange (pp. 115-131)
Sur Consciousness Explained (1991). L'expérience liminaire (se pincer l'avant-bras) fixe les données : trois choses se produisent — décharges neuronales, sensation ressentie, disposition comportementale. La charge de Searle : Dennett nie la deuxième — pas d'états qualitatifs internes, que des entrées, des « états discriminatifs » et des dispositions réactives ; la conscience serait « a "von Neumannesque" virtual machine implemented in the parallel architecture of a brain » (p. 210), effets de mèmes compris. D'où le mot le plus cité du livre : une exécution de Hamlet sans le prince — et le diagnostic de « pathologie intellectuelle » : la position découle de deux axiomes (science = point de vue à la troisième personne ; vérificationnisme), et Searle y oppose sa distinction clef épistémique/ontologique : l'objectivité épistémique de la méthode n'exige pas l'objectivité ontologique de l'objet — une science objective des états subjectifs est possible (c'est ce que fait la neurologie). L'échange en appendice est d'une violence rare (accusations croisées de mauvaise foi, litige sur qui a répondu à qui, post-scriptum sur des citations inventées) ; philosophiquement, il se cristallise sur un point : pour Dennett le désaccord porte sur des « intuitions » rivales ; pour Searle il porte sur l'existence même des données, et « where consciousness is concerned the reality is the appearance ». Note de lecture : sur la question historiographique (Dennett a-t-il répondu aux trois prémisses de la chambre chinoise ?), le lecteur n'a que les affirmations croisées — le chapitre est un réquisitoire, pas un procès-verbal neutre.
Chapitre 6 — David Chalmers and the Conscious Mind (pp. 135-162) + échange (pp. 163-177)
Sur The Conscious Mind (1996). Le chapitre s'ouvre par la meilleure synthèse du livre : l'histoire du matérialisme du XXᵉ siècle (béhaviorisme → théorie de l'identité → fonctionnalisme → Strong AI) racontée comme une suite de tentatives d'escamoter le mental. Chalmers est lu comme le symptôme d'une « désespérance » : il garde le fonctionnalisme ET y adjoint un dualisme de propriétés (la conscience irréductible « arises from functional organization », p. 249). Searle accepte l'argument des zombies dans sa version faible (le comportement ne suffit pas) mais rejette la version forte (monde physiquement identique sans conscience → la conscience n'est pas physique) : si l'on s'autorise à changer les lois de la nature, on peut faire voler les cochons sans conclure que voler n'est pas physique. Puis il déroule les conséquences qu'il juge en cascade : double sens de tous les termes mentaux, irrélevance explicative de la conscience (y compris pour nos propres rapports de conscience), et panpsychisme (« What is it like to be a thermostat? », pp. 293-294 — trois états phénoménaux « black, white, gray »). Sa réponse de fond : « information » et « organisation fonctionnelle » sont observer-relatives, donc sans pouvoir causal explicatif. L'échange en appendice est plus substantiel que celui avec Dennett : Chalmers corrige la forme de l'argument des cochons volants (il faudrait un monde identique SANS vol), conteste être panpsychiste (« agnostique »), et retourne le « mantra » (« brains cause consciousness » énonce le problème, pas la solution) ; Searle réplique que l'absence de conscience est aussi un changement physique (le point est pétitionnaire de part et d'autre), et cite longuement la section thermostat pour l'« agnosticisme ». Note de lecture : c'est ici que la lecture de la pièce amont du dossier (Chalmers 1995, « Facing Up to the Problem of Consciousness » [S4]) est indispensable — le « hard problem » y est formulé sans l'appareil dualiste du livre de 1996, et une partie de la charge de Searle glisse sur la version du papier.
Chapitre 7 — Israel Rosenfield, the Body Image, and the Self (pp. 179-185)
Sur The Strange, Familiar and Forgotten (1992). Chapitre bref et bienveillant. À partir de cas cliniques (HM, Madame W et le membre nié, Korsakov, membres fantômes, sciatique), Rosenfield lie conscience, mémoire et image du corps : le soi est le point de référence corporel de toute conscience ; la mémoire est une activité, pas un entrepôt. Searle reconstruit charitablement (« conscience » y signifie la conscience unifiée normale, pas la sentience) et en retient une thèse pour la recherche : toute conscience commence par l'expérience du corps via l'image corporelle construite dans le cerveau — « all of our bodily sensations are phantom body experiences » (p. 182, sens : l'appariement sensation/corps est entièrement cérébral).
Conclusion — How to Transform the Mystery of Consciousness into the Problem of Consciousness (pp. 189-214)
Deux parties. ① Le programme : transformer le mystère en problème scientifique ordinaire — chercher les corrélats (Crick a raison de commencer là), puis tester la causalité par manipulation (induire l'état N, supprimer l'état N), puis chercher les mécanismes ; pistes : aborder la conscience par l'inconscient (blindsight de Weiskrantz : que gagne la vision quand elle devient consciente ?) ; aveu remarquable au passage : « the dirty secret of contemporary neuroscience » (p. 198) — il n'existe pas de principe théorique unificateur du cerveau (le neurone n'est peut-être pas la bonne unité). L'analogie directrice : le vitalisme — le mystère de la vie s'est dissous non parce qu'un camp a gagné, mais parce que la biochimie a enrichi la notion de mécanisme. ② Un « questions-réponses » de dix objections récurrentes (machines conscientes : oui en principe, le cerveau EST une machine et un cerveau artificiel n'est pas plus absurde qu'un cœur artificiel, mais il faut des pouvoirs causaux équivalents, pas un programme ; le comportement est épistémiquement pertinent, ontologiquement hors sujet ; l'« information » et la « complexité » ne causent rien ; ni matérialisme ni dualisme — « property pluralism » ; l'irréductibilité tient à l'ontologie à la première personne).
3. Mise en relation des sources et citations
| Pièce lue pour ce dossier | Rapport au livre |
|---|---|
| J. R. Searle, The Mystery of Consciousness, NYRB, 1997 — texte intégral, pagination d'origine [S1] | Le compte-rendu est établi sur le texte intégral de l'édition de 1997 ; les pages citées renvoient à cette édition. |
| D. Chalmers, « Facing Up to the Problem of Consciousness », Journal of Consciousness Studies 2(3), 1995 [S4] | La pièce amont du chapitre 6 : le « hard problem » (easy/hard problems) que The Conscious Mind systématise. À lire avant le chapitre 6 pour arbitrer l'échange — plusieurs objections de Searle visent l'appareil du livre (dualisme de propriétés, information à double aspect) plus que le problème lui-même, que Searle reconnaît de fait en le reformulant en termes causaux. |
| S. de F. Araujo, « Searle's New Mystery, or, How Not to Solve the Problem of Consciousness », Rivista internazionale di Filosofia e Psicologia 4(1), 2013, pp. 1-12 [S5] | La contre-pièce : critique systématique du naturalisme biologique (des années 80 aux derniers écrits) concluant à ses incohérences internes — le miroir exact du procédé de Searle appliqué à Searle. Verse au dossier la question que le livre esquive : « causer ET être une caractéristique de » est-il un rapport causal intelligible ? |
| Mitchell, Ghosh & Passi, « AI Agents Push Humans Out of the Loop », arXiv, 2026 [S20] | Pièce d'actualité, objet d'une note de lecture publiée dans le chapitre KB-RISK. Rapport indirect mais réel : leur critique de la « supervision humaine » présuppose précisément ce que Searle défend — des états conscients humains causalement efficaces (vigilance, fatigue, jugement) irréductibles au comportement ; et la chambre chinoise porte la question 2026 par excellence : qu'est-ce qu'un agent LLM « comprend » ? |
Citations reprises dans ce compte-rendu (toutes < 15 mots, paginées à l'édition 1997) : préface p. xiii ; ch. 1 pp. 17-18 ; ch. 3 p. 155 ; ch. 5 p. 210 ; ch. 6 pp. 249, 293-294 ; ch. 7 p. 182 ; conclusion pp. 198, 213. Tout le reste est résumé en propres mots (le texte est © 1997 NYREV, Inc.).
4. Appréciation critique
Ce qui tient, trente ans après. ① La distinction réduction causale / réduction éliminative, et le couple épistémique/ontologique — outils toujours opératoires, largement passés dans l'usage. ② La critique des « corrélats » sans mécanisme : c'est exactement le chantier que la collaboration adversariale IIT/GNWT (Nature, 2025 [S12]) tente d'outiller — le programme de la conclusion (corrélats → manipulation → mécanisme) décrit la méthode de la science de la conscience actuelle. ③ La chambre chinoise, quoi qu'on en pense, est redevenue LE cadre du débat sur les LLM (voir la revue de littérature, section 5). ④ La qualité d'exposition : Gödel, la mécanique quantique, le fonctionnalisme et la réentrée y sont expliqués mieux que chez la plupart des auteurs recensés.
Ce qui fait difficulté. ① Le naturalisme biologique est plus affirmé que développé : dire que la conscience est causée par le cerveau ET en est une caractéristique dissout verbalement le problème plus qu'il ne le résout — c'est la charge d'Araujo (2013) [S5], et l'objection de Chalmers (« le mantra énonce le problème ») n'est jamais vraiment levée. ② L'asymétrie polémique : Searle rédige les chapitres ET choisit le terrain ; l'échange avec Dennett, en particulier, documente un dialogue de sourds plus qu'il ne le tranche (chacun accuse l'autre de ne pas répondre — le lecteur ne peut pas vérifier sur pièces). ③ Des éléments datés : le 40 Hz comme candidat-NCC, Deep Blue comme parangon de l'IA, l'équation Strong AI = GOFAI — l'IA connexionniste générative de 2026 oblige à rejouer l'argument de l'observateur-relativité plutôt qu'à le citer tel quel. ④ Le programme « demandez à la neurobiologie » n'a pas livré en trente ans le mécanisme promis — le « dirty secret » de la p. 198 est toujours un secret ; c'est un point pour la persistance du hard problem, que le livre pronostiquait dissoluble à la manière du vitalisme.
Verdict : le meilleur document d'époque sur la querelle fondatrice de la science de la conscience, une boîte à distinctions toujours utile, et un manifeste dont la promesse centrale reste, à ce jour, un chèque en attente d'encaissement neurobiologique.
5. Revue de la littérature récente
Revue établie le 9 septembre 2026 (recherche web du jour, moteur à couverture américaine ; toutes les entrées consultées le 9 septembre 2026). Statuts : [R] recherche évaluée par les pairs · [O] source officielle ou éditeur · [P] presse et magazines · [L] pièce du dossier, lue intégralement. Liste NON exhaustive : elle vise ce qui éclaire le livre de 1997 — sa réception, ses protagonistes et l'actualité de ses questions — pas la littérature générale sur la conscience. Les références bibliographiques complètes sont données en section 6.
5.1 Sur le livre lui-même et le naturalisme biologique de Searle
- [L] [R] Araujo, Saulo de Freitas, « Searle's New Mystery, or, How Not to Solve the Problem of Consciousness », 2013 [S5]. Critique systématique du naturalisme biologique, de sa formulation des années 1980 aux derniers écrits : incohérences logiques du couple « causé par / caractéristique de ». La contre-pièce de référence.
- [O] Fiche PhilPapers du livre [S3] — point d'entrée vers les citations académiques du livre (non dépouillé dans cette revue).
- [O] L'article-source de 1995 : J. R. Searle, « The Mystery of Consciousness », The New York Review of Books, 2 novembre 1995 [S2] — et la page de l'éditeur, New York Review Books [S1].
5.2 Les protagonistes — disparitions et réévaluations (2024-2025)
- [P] « John Searle (1932-2025) », Philosophy Now, n° 171 (2025) [S6] — nécrologie de fond. Searle est mort le 17 septembre 2025 à 93 ans.
- [P] « John Searle (1932-2025) », Daily Nous, 28 septembre 2025 [S7] — annonce à la profession, fil de témoignages de philosophes.
- [P] « Former UC Berkeley professor John Searle dies, leaves complicated legacy », The Daily Californian, 2025 [S8] — rappelle le versant sombre du dossier : accusations de harcèlement (2016), retrait du statut d'émérite (2019). Toute réévaluation d'ensemble de l'œuvre écrite depuis 2025 compose avec ce fait.
- [P] Nécrologies de Daniel Dennett (mort le 19 avril 2024), l'adversaire du chapitre 5 : Nature [S9] ; Science [S10] ; J. Horgan, « Consciousness and the Dennett Paradox » [S11]. Les deux voix de l'échange de 1995 se sont donc éteintes à dix-huit mois d'écart — le livre devient pièce d'archive au sens plein.
- (Pour mémoire : Crick est mort en 2004, Edelman en 2014 ; Penrose, Chalmers et Rosenfield sont vivants à la date de cette revue.)
5.3 Le programme du livre, trente ans après (corrélats → causalité → mécanisme)
- [R] Cogitate Consortium, « Adversarial testing of global neuronal workspace and integrated information theories of consciousness », Nature, 2025 [S12] — 256 sujets, IRMf + MEG + iEEG, prédictions préenregistrées des deux grandes théories (IIT vs GNWT) ; résultat : le cortex postérieur suffit, ni le préfrontal ni la diffusion globale ne sont nécessaires. C'est très exactement la méthode que la conclusion du livre appelait (tester les corrélats), et son verdict donne tort et raison à chacun — l'« ingénierie de la corrélation » a progressé, le mécanisme causal reste hors de portée.
- [P] « Make science more collegial: why the time for "adversarial collaboration" has come », Nature (éditorial), 2025 [S13] — la méthode Searle/Chalmers (dispute à pièces complètes) devenue norme expérimentale.
- [R] Gomez, J. D., « A harder problem of consciousness: reflections on a 50-year quest for the alchemy of qualia », Frontiers in Psychology, 2025 [S14] — bilan des trente ans du « hard problem » (formulé en 1995, l'année des articles du livre) : il tient toujours.
5.4 La chambre chinoise à l'ère des grands modèles de langage
- [R] « LLMs, Turing tests and Chinese rooms: the prospects for meaning in large language models », Inquiry, en ligne janvier 2025 [S15] — le débat LLM reste structuré par le couple Turing/Searle ; examen des conditions auxquelles une sortie de LLM serait « signifiante ».
- [R] Harnad, S., « Language Writ Large: LLMs, ChatGPT, Grounding, Meaning and Understanding », 2024 [S16] — l'ancrage symbolique (la réponse historique la plus travaillée à la chambre chinoise) rejoué sur ChatGPT.
- [R] « Large Language Models: The Need for Nuance in Current Debates and a Pragmatic Perspective on Understanding », 2023 [S17] — note que les usages actuels de la chambre chinoise contre les LLM omettent souvent de dire ce que serait la « compréhension réelle » manquante.
5.5 Conscience et IA — la question du chapitre 1 devenue programme de recherche
- [R] Butlin, P., Long, R., et al. (dont D. Chalmers), « Consciousness in Artificial Intelligence: Insights from the Science of Consciousness » (2023) puis « Identifying indicators of consciousness in AI systems », Trends in Cognitive Sciences, 2025 [S18] — méthode des « propriétés indicatrices » dérivées des théories scientifiques ; les LLM actuels n'en satisfont pas assez pour être des candidats sérieux, sans preuve d'absence. Remarquable renversement du cadre du livre : on n'y demande plus « un programme peut-il penser ? » mais « quelles théories, appliquées à quelles architectures, avec quelles crédences ? ».
- [R] Chalmers, D., « Could a Large Language Model be Conscious? », 2023 [S19] — l'auteur du chapitre 6, quarante ans après la chambre chinoise, répond : probablement pas aujourd'hui, obstacles identifiés et révisables.
- [L] Mitchell, Ghosh & Passi, « AI Agents Push Humans Out of the Loop », 2026 [S20] — pièce lue intégralement, objet d'une note de lecture publiée dans le chapitre KB-RISK : la supervision humaine des agents présuppose la causalité mentale consciente que le livre défend.
5.6 Limites de cette revue
Recherche menée en une passe le 9 septembre 2026, moteur à couverture américaine, sans accès aux bases fermées (Scopus, Web of Science) ; les monographies et chapitres de collectifs 2020-2026 sur Searle ne sont pas dépouillés (le point d'entrée PhilPapers de la section 5.1 est prévu pour cela) ; en dehors des pièces marquées [L], aucune des entrées web n'a fait l'objet d'une lecture intégrale critique — les résumés rendus ci-dessus sont des identifications de pertinence, pas des recensions. Pour aller plus loin : relire intégralement les entrées [R] retenues et dater chaque consultation à la page.
6. Sources
Types : [L] pièce lue intégralement · [R] recherche évaluée par les pairs · [O] source officielle ou éditeur · [P] presse et magazines. Toutes les adresses ont été consultées le 9 septembre 2026.
- S1 [L] [O] John R. Searle, The Mystery of Consciousness, New York Review Books, New York, 1997, ISBN 0-940322-06-4 (avec les échanges avec Daniel Dennett et David Chalmers) — texte intégral, pagination d'origine. Page de l'éditeur : https://www.nyrb.com/products/the-mystery-of-consciousness
- S2 [O] John R. Searle, « The Mystery of Consciousness », The New York Review of Books, 2 novembre 1995 — article-source du livre. https://www.nybooks.com/articles/1995/11/02/the-mystery-of-consciousness/
- S3 [O] Fiche PhilPapers du livre — https://philpapers.org/rec/SEATMO-7
- S4 [L] [R] David J. Chalmers, « Facing Up to the Problem of Consciousness », Journal of Consciousness Studies, 2(3), 1995, pp. 200-219.
- S5 [L] [R] Saulo de Freitas Araujo, « Searle's New Mystery, or, How Not to Solve the Problem of Consciousness », Rivista internazionale di Filosofia e Psicologia, 4(1), 2013, pp. 1-12, DOI 10.4453/rifp.2013.0001.
- S6 [P] « John Searle (1932-2025) », Philosophy Now, n° 171, 2025 — https://philosophynow.org/issues/171/John_Searle_1932-2025
- S7 [P] « John Searle (1932-2025) », Daily Nous, 28 septembre 2025 — https://dailynous.com/2025/09/28/john-searle-1932-2025/
- S8 [P] « Former UC Berkeley professor John Searle dies, leaves complicated legacy », The Daily Californian, 2025 — https://www.dailycal.org/news/obituary-news/former-uc-berkeley-professor-john-searle-dies-leaves-complicated-legacy/article_6132904a-9d96-4bb7-abff-27988d169a7a.html
- S9 [P] « Daniel Dennett obituary », Nature, 2024 — https://www.nature.com/articles/d41586-024-01478-7
- S10 [P] Nécrologie de Daniel Dennett, Science, 2024 — https://www.science.org/doi/10.1126/science.adq5873
- S11 [P] John Horgan, « Consciousness and the Dennett Paradox », Cross-Check, 2024 — https://johnhorgan.org/cross-check/consciousness-and-the-dennett-paradox
- S12 [R] Cogitate Consortium, « Adversarial testing of global neuronal workspace and integrated information theories of consciousness », Nature, 2025, DOI 10.1038/s41586-025-08888-1 — https://www.nature.com/articles/s41586-025-08888-1
- S13 [P] « Make science more collegial: why the time for "adversarial collaboration" has come », Nature (éditorial), 2025 — https://www.nature.com/articles/d41586-025-01379-3
- S14 [R] J. D. Gomez, « A harder problem of consciousness: reflections on a 50-year quest for the alchemy of qualia », Frontiers in Psychology, 2025, DOI 10.3389/fpsyg.2025.1592628 — https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2025.1592628/full
- S15 [R] « LLMs, Turing tests and Chinese rooms: the prospects for meaning in large language models », Inquiry, en ligne janvier 2025, DOI 10.1080/0020174X.2024.2446241 — https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/0020174X.2024.2446241
- S16 [R] Stevan Harnad, « Language Writ Large: LLMs, ChatGPT, Grounding, Meaning and Understanding », arXiv:2402.02243, 2024 — https://arxiv.org/abs/2402.02243
- S17 [R] « Large Language Models: The Need for Nuance in Current Debates and a Pragmatic Perspective on Understanding », arXiv:2310.19671, 2023 — https://arxiv.org/abs/2310.19671
- S18 [R] Patrick Butlin, Robert Long et al., « Consciousness in Artificial Intelligence: Insights from the Science of Consciousness », arXiv:2308.08708, 2023 — https://arxiv.org/abs/2308.08708 ; puis « Identifying indicators of consciousness in AI systems », Trends in Cognitive Sciences, 2025 — cell.com, S1364-6613(25)00286-4
- S19 [R] David J. Chalmers, « Could a Large Language Model be Conscious? », arXiv:2303.07103, 2023 — https://arxiv.org/abs/2303.07103
- S20 [L] [R] Melanie Mitchell, Arvind Ghosh & Ayushi Passi, « AI Agents Push Humans Out of the Loop », arXiv:2608.23642v2, 2026 — https://arxiv.org/abs/2608.23642 ; note de lecture publiée dans le chapitre KB-RISK : https://www.cd-consulting-rd.be/KB-RISK/7b3d.html
Le texte du livre est © 1997 NYREV, Inc. : seules de courtes citations créditées et paginées sont reprises, tout le reste est reformulé. Version courte de ce dossier : la synthèse en deux pages, première entrée de ce chapitre.